La face cachée de la codification : modernisation et altération de l’esprit du droit musulman


Le professeur Al-Dabbagh est intervenu dans le cadre du 7e Congrès international Juris Diversitas sur « La face cachée du droit », initialement prévu à Catania en Italie, mais ayant eu lieu finalement en ligne du 9 au 11 juin 2021.

 

Résumé de la communication :

Dans la littérature juridique, la codification est souvent saluée comme une entreprise visant à faire sortir le droit du secret et de l’ésotérisme pour le rendre plus rationnel, accessible et intelligible. Inconnue du droit musulman, cette technique a séduit le législateur moderne dans le cadre de réformes du droit de la famille engagées à l’époque postcoloniale. Malgré ses avantages incontestables, l’adoption de « codes » dans de nombreux pays arabes a entraîné des conséquences pervers, longtemps restées invisibles.

Dans la présente communication, le conférencier se propose de démontrer que la flexibilité originelle du fiqh, le corpus doctrinal classique, a été compromise par l’intervention du législateur. En se servant de l’exemple de la conception musulmane de la filiation, il mettra en exergue une évolution vers davantage de rigueur, faisant fi des solutions libérales consacrées par les jurisconsultes d’antan. Marque d’ingéniosité, ceux-ci avaient mis en place divers expédients pour atténuer la rigueur du droit formel, comme le mariage apparent, la fiction de l’enfant endormi et la reconnaissance de paternité, etc.  Les récents codes ont balayé ces procédés jugés archaïques, mais qui permettaient autrefois d’assurer à l’enfant né hors mariage une filiation, en principe, interdite. Le décalage entre la règle et la réalité sociale a conduit à l’augmentation du nombre d’enfants sans filiation connue, abandonnés et socialement marginalisés.

Ce contenu a été mis à jour le 21 juin 2021 à 18 h 10 min.