La face cachée de la codification : Modernisation et altération de l’esprit du droit musulman


Résumé :

Dans la littérature juridique, la codification est souvent saluée comme une entreprise visant à faire sortir le droit du secret et de l’ésotérisme pour le rendre plus rationnel, accessible et intelligible. Inconnue du droit musulman, cette technique a séduit le législateur arabe moderne dans le cadre des réformes du droit de la famille engagées après les indépendances. En dépit de ses avantages incontestables, cette mise du fiqh islamique sous forme de « codes » a entraîné des conséquences néfastes, longtemps restées invisibles.
Dans sa communication, le conférencier s’est efforcé de démontrer que la flexibilité originelle du fiqh, le corpus doctrinal classique, a été compromise par l’intervention du législateur. En se servant de l’exemple de la conception musulmane de la filiation nassab, il a mis en exergue une évolution vers davantage de rigueur, faisant fi des solutions libérales, jadis consacrées par les jurisconsultes musulmans fouqaha. Marque d’ingéniosité, ceux-ci avaient mis en place divers expédients et subterfuges pour atténuer la rigueur du droit, tels que le mariage apparent, la fiction de l’enfant endormi, la reconnaissance de paternité, etc. Les codes modernes ont balayé ces procédés jugés archaïques, mais qui permettaient autrefois d’assurer à l’enfant né hors mariage une filiation, en principe, interdite. Le décalage entre la règle et la réalité sociale a conduit à l’augmentation du nombre d’enfants sans filiation connue, abandonnés et socialement marginalisés.

Ce contenu a été mis à jour le 26 avril 2022 à 17 h 46 min.